tableau noir rempli d'équations et de formules

Marie Curie : une femme entrepreneur qui a révolutionné le monde scientifique

C’est en 1867 que Marya Sklodowska nait à Varsovie. Fille d’enseignants issus de la petite noblesse polonaise, elle grandit dans une famille pauvre. Dans ce cadre, les filles, privées de dot, doivent travailler pour vivre, au même titre que les membres masculins de la famille. Soyons clairs : c’est grâce à cette situation précaire (nous ne pouvons pas dire « à cause ») que les filles de la fratrie sont placées sur un pied d’égalité avec les garçons.

La petite Marya n’a que neuf ans lorsque sa mère décède de la tuberculose. Elle se réfugie alors dans un travail acharné et excelle dans ses études. Passionnée par la doctrine positiviste, elle s’engage et défend le droit à l’éducation et à la justice pour tous. C’est ainsi qu’à dix-sept ans, elle donne clandestinement des cours aux femmes du peuple en participant à l’Université volante. Elle peut, à sa manière, contrer la politique de russification de son pays en enseignant en polonais.

Les études supérieures n’étant pas ouvertes aux femmes en Pologne, elle travaille comme institutrice pour financer les études de médecine de sa sœur Bronya, partie étudier en France où les universités accueillent quelques étudiantes. Celle-ci, une fois diplômée, peut rendre la pareille à sa petite sœur qui s’inscrit à la faculté des sciences de Paris en 1891.

Reçue première à sa licence de physique, elle travaille alors pour un laboratoire de recherches sur les propriétés magnétiques de différents aciers. C’est en œuvrant de concert avec un certain Pierre Curie, qu’une inclination amicale, puis plus profonde, se développe entre eux. Ils se marient à Sceaux, le 26 juillet 1881.

Les avancées scientifiques et technologiques suscitées par Marie Curie

La collaboration entre les époux donne lieu, comme chacun sait, à de nombreuses découvertes scientifiques apportant leurs lots d’avancées technologiques, notamment dans le domaine de la médecine.

En effet, peu après la découverte des rayons X en 1895, on pense rapidement à les utiliser en imagerie médicale. On remarque alors que le rayonnement provoque certaines réactions biologiques sur la peau. En travaillant sur la technique, on s’aperçoit que des tumeurs malignes cutanées peuvent être réduites : la curiethérapie est née !

Un peu plus tard, en 1898, en découvrant le radium, un nouvel élément radioactif dont le rayonnement est très intense, on donne naissance à la radiologie.

Marie Curie (elle avait francisé son nom), dont la préoccupation constante est d’appliquer ses découvertes dans les domaines scientifique, industriel et médical, s’implique personnellement dans la mise en place de structures comme l’Institut du radium en 1911. En 1914, la Grande Guerre éclate, faisant les ravages qu’on connaît. Pour participer à l’effort de guerre, notre scientifique engagée met en place un service de radiologie mobile. Ainsi, grâce à elle, 18 ambulances, équipées de matériel de radiographie, sillonnent le front pour prendre en charge les blessés. Les chirurgiens, maintenant capables d’effectuer des radiographies, peuvent repérer les éclats d’obus cachés au fond des blessures. C’est grâce à ces 18 « petites Curies » que des dizaines de milliers de soldats français sont sauvés ! Notez à quel point Marie est une femme d’engagement : elle conduit elle-même l’une de ces ambulances, accompagnée de sa fille.

Comment Marie Curie a révolutionné l’entrepreneuriat féminin

Dans Le Journal, l’un des plus importants quotidiens d’avant-guerre, le lendemain du 6 novembre 1906, dans l’article consacré à la leçon inaugurale de Marie Curie à la Sorbonne, on peut lire : 

« c’est […] une grande victoire féministe que nous célébrons en ce jour. Car, si la femme est admise à donner l’enseignement supérieur aux étudiants des deux sexes, où sera désormais la prétendue supériorité de l’homme mâle ? en vérité, je vous le dis : le temps est proche où les femmes deviendront des êtres humains. »

Portrait de Marie Curie

Marie se retrouve donc professeur à la Sorbonne en 1906, non pas, seulement pour ses connaissances et ses capacités à enseigner, mais surtout à cause du décès de son mari, professeur de l’illustre faculté depuis 18 mois. Pierre Curie meurt, renversé par une calèche. Son poste, créé récemment pour lui, devient donc vacant. Qui d’autre que son épouse, serait à même de lui succéder? Elle a mené des travaux sur la radioactivité, a découvert le polonium, le radium, a reçu, avec Pierre, le prix Nobel de physique en 1903, elle est, de plus, chargée de cours à l’École normale de jeunes filles depuis 1900 ! Malgré quelques réticences, elle lui succède.

Marie devient alors la première femme à enseigner dans la prestigieuse université française. Elle n’y est, pour l’instant, que « chargée de cours » ; il faut attendre encore deux ans pour qu’elle obtienne le titre de professeur titulaire de la chaire. En parallèle, elle devient aussi la première femme à diriger un laboratoire universitaire : elle y embauche d’ailleurs, jusqu’en 1934, quarante-cinq femmes. Elles ne sont pas sélectionnées en raison de leur genre, mais seulement grâce à leurs compétences scientifiques : Marie Curie ne privilégie pas ses consœurs car elles sont femmes, mais parce qu’elles sont expertes et qualifiées. La radiologie

Les avancées médicales apportées par Marie Curie

Depuis la découverte des rayons X qui ont permis de radiographier toutes les parties du corps, encore aujourd’hui, il est courant de « passer une radio » pour savoir si notre cheville est fracturée ou si nos douleurs cervicales sont dues à de l’arthrose. Cet acte médical est, de nos jours, banal. Le fait est que la radiographie a bien souvent permis de poser un premier diagnostic permettant de se soigner efficacement.

La radiothérapie

À l’heure actuelle, la radiothérapie est encore impliquée dans 60 % des traitements des malades du cancer. Cette méthode est utilisée seule ou en complément de la chirurgie et/ou de la chimiothérapie. Deux techniques de radiothérapie coexistent :

  • La radiothérapie externe dans laquelle des rayons radioactifs sont émis en faisceau grâce à une machine placée près du patient. Les rayons doivent traverser la peau, puis d’autres organes, avant d’atteindre la zonz à traiter. Les rayons détruisent les cellules cancéreuse, mais aussi celles qui se trouvent sur leur passage.
  • La curiethérapie, qui est une technique de radiations thérapeutiques permettant de mieux cibler la zone à traiter puisqu’on implante les sources radioactives directement dans l’organe malade. On évite ainsi, au maximum, de léser des cellules saines. Chaque année, en France, environ 5 000 malades bénéficient de ce traitement.

L’Institut Curie

Conjointement créé le 12 décembre 1909 par l’Université de Paris et l’Institut Pasteur, c’est d’abord sous le nom de l’Institut du Radium que ce laboratoire est fondé pour Marie Curie. Il est aujourd’hui le premier centre de lutte et de recherche contre le cancer. Les chercheurs, les médecins et le personnel soignant font, quotidiennement, vivre l’héritage de Marya autour de trois mots d’ordre : 

  • SOIGNER
  • CHERCHER
  • TRANSMETTRE

L’héritage de Marie Curie et progrès social

En plus d’être une scientifique exceptionnelle, Marie Curie est une battante animée par des qualités humaines indéniables. elle soutient de nombreuses causes humanistes et féministes.

« Derrière l’icône Marie Curie, il y a une femme, une épouse et une mère. »

– Paul Caroly, secrétaire général de l’Institut Curie –

On se souvient des femmes que Marie Curie embaucha dans son laboratoire universitaire. Aujourd’hui encore, l’Institut Curie emploie de nombreuses femmes dans tous les corps de métiers et à tous les niveaux. En effet, la lutte contre le cancer, à l’Institut, se concentrant essentiellement sur le cancer du sein et les cancers pédiatriques, touche les femmes dans leurs rôles à la fois de femme et de mère. Encore et toujours habité par « l’esprit Curie », l’Institut implique beaucoup de personnel féminin dans les corps de métier scientifiques ou décisionnels :

  • Certains services de fonction de support sont 100 % féminins ;
  • Plus d’un chercheur sur deux est une chercheuse dans les laboratoires ;
  • 74 % de femmes travaillent à l’hôpital.

De fil en aiguille, cet « esprit Curie » a favorisé bien des changement sociétaux. Certains métiers, plutôt masculins historiquement, se sont féminisés. Cet état de fait n’est pas seulement visible à l’Institut Curie, car, grâce à lui, on ne peut que constater que la tendance se généralise. En effet, le taux de femmes médecins ne cesse d’augmenter, tout comme le nombre de femmes exerçant des métiers scientifiques.

Récompenses et Reconnaissance 

Marie Curie est, tout au long de sa vie, de nombreuses fois « la première ». Pourtant, pour la petit Marya Sklodowska, née d’une famille pauvre en Pologne, la route n’était pas forcément toute tracée pour atteindre, de son vivant, la notoriété sans précédent qu’on lui connaît !

En 1903, elle est la première femme à recevoir un Prix Nobel

Elle devient la première femme docteur ès sciences physiques après avoir soutenu sa thèse sur les substances radioactives rares. Puis, associée à son mari et à Henri Becquerel, elle reçoit le prix Nobel de physique pour la découverte de la radioactivité naturelle.

En 1906, elle est la première femme professeur à la Sorbonne

Elle ne sera nommée titulaire qu’en 1908. Cependant, la Faculté des Sciences lui confie la succession de son mari après son décès, le 5 novembre 1906.

En 1911, elle devient la première femme à recevoir deux prix Nobel

En récompense de ses travaux sur le polonium et le radium, elle décroche le prix Nobel de chimie. C’est la seule femme à avoir obtenu deux prix Nobel et aussi la seule personne à avoir été distinguée dans deux disciplines distinctes !

Congrès de Solvay en 1927 avec Albert Einstein

En 1920, elle est pionnière dans la lutte contre le cancer

Marie Curie crée la Fondation Curie avec Claudius Regaud. Le but est de financer les activités de l’Institut du radium (l’ancêtre de l’Institut Curie). Le modèle de la Fondation Curie sert encore de modèle pour les centres anticancéreux du monde entier.

Le 7 février 1922, elle est la première femme à être élue à l’Académie de médecine

Pourtant, elle n’est pas docteur en médecine ! Cependant, elle est élue triomphalement en tant que membre libre. Aujourd’hui encore, l’Académie ne compte qu’une petite dizaine de femmes membres titulaires !

En 1995, elle est encore la première femme admise au Panthéon

Ses recherches sur et autour de la radioactivité lui ont, malheureusement provoqué une leucémie. Marie en décède le 4 juillet 1934. Elle est, aux côtés de son mari, inhumée au Panthéon, le 20 avril 1995. C’est la première femme admise dans ce mausolée pour ses mérites propres.

Sa succession

La radioactivité semble être une affaire de famille chez les Curie ! Irène Joliot-Curie, la fille de Marie et de Pierre, a continué sur les traces de ses parents. D’ailleurs, elle reçoit aussi un prix Nobel de chimie pour la découverte de la radioactivité induite et de la radioactivité artificielle. Grâce à cette découverte, on explique le mécanisme nucléaire utilisé dans les réacteurs pour fournir de l’énergie. 

En droite ligne de sa mère, elle est aussi une des trois premières femmes membres du gouvernement du Front Populaire en 1936. Elle y devient sous-secrétaire d’État à la recherche scientifique.

Irène Joliot-Curie meurt, elle aussi, d’une leucémie, à 59 ans.

Toutes les avancées, tous les progrès apportés par Marie Curie ne sont pas uniquement dus à son extraordinaire esprit scientifique ! Ils ont été portés par son inlassable souci de savoir comment sa dernière découverte pouvait servir l’humanité et par sa personnalité libre de tout préjugé.

En reconnaissance de tout ce qu’a apporté Marya Sklodowska Curie, en 2024, elle sera, avec Simone Veil et Joséphine Baker, l’un des profils représentés sur les pièces de 10, 20 et 50 centimes d’euros

Sources :

https://www.cairn.info/revue-de-la-bibliotheque-nationale-de-france-2009-2-page-30.htm

https://www.radiofrance.fr/franceculture/marie-curie-une-scientifique-engagee-4941391

https://sante.lefigaro.fr/article/comment-marie-curie-a-revolutionne-la-medecine

Des renseignements sur MCRédac’ ?


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